L’autrice haïtienne Angy Utsamar Volcy dénonce les manquements de la maison d’édition Rasin Éditions dans le processus de publication de son livre. Retards inexpliqués, engagements non respectés et absence de remboursement : au-delà d’un cas individuel, ce témoignage relance le débat sur le professionnalisme et la transparence dans le secteur de l’édition en Haïti.
Angy Utsamar Volcy, jeune autrice, affirme être confrontée depuis 2022 à de graves irrégularités dans le cadre de la publication de son ouvrage, fruit de plusieurs années de travail, de réflexion et d’engagement personnel. Après avoir achevé l’écriture de son livre la même année, elle entre en contact avec Rasin Éditions, une maison d’édition qui lui est recommandée par un autre auteur. Séduite par la ligne éditoriale de la structure et par l’importance accordée à la langue maternelle, le créole haïtien, elle décide d’y engager une collaboration.
La relation devient formelle en 2024 avec la signature d’un contrat de publication. Selon les termes de l’accord, l’autrice verse les frais exigés par la maison d’édition ainsi que 50 % des coûts d’impression, l’autre moitié devant être prise en charge par l’éditeur. L’ouvrage devait être imprimé, mis en vente sur différentes plateformes et faire l’objet d’une activité de vente et de signature préalablement programmée.
Cependant, à la veille de l’événement annoncé, l’étudiante en sciences juridiques confie au journal avoir été informée par téléphone que le livre n’avait finalement pas été imprimé. Il lui aurait alors été indiqué que l’ouvrage serait disponible après la date prévue pour l’activité.
À ce jour, affirme-t-elle, cette promesse n’a pas encore été concrétisée, une situation qu’elle interprète comme un manque de professionnalisme et de respect des engagements.
Plusieurs mois plus tard, selon les informations transmises à notre rédaction, le livre ne serait toujours pas imprimé, aucun exemplaire n’aurait été remis à l’autrice et les sommes investies n’auraient pas été remboursées.
Entre-temps, Utsamar affirme n’avoir reçu que des promesses et des excuses, sans suite tangible. Une situation qui, selon elle, a eu de lourdes conséquences sur son parcours professionnel et personnel, allant jusqu’à provoquer un blocage dans son processus d’écriture.
L’objectif de ce témoignage, précise l’autrice, n’est pas d’attaquer ni de diffamer, mais de contribuer à un débat nécessaire sur la transparence, la responsabilité et le respect des engagements dans le domaine de l’édition de livres en Haïti.
Joint par téléphone, Romy Jean-François, présenté comme éditeur de Rasin Éditions, a reconnu avoir conclu un contrat avec l’autrice. Interrogé sur les retards, il a indiqué au journal que, selon lui, ceux-ci s’expliquent par la crise que traverse le pays ainsi que par des difficultés internes rencontrées par l’institution.
« Concernant le remboursement, Rasin Éditions ne souhaitait pas en arriver là, d’autant plus que le travail d’édition du texte est terminé. Nous avons modifié la couverture du livre et nous nous apprêtons à le publier sur Amazon, en attendant de rendre l’ouvrage accessible en version papier », a-t-il indiqué, tout en reconnaissant que la tâche est difficile et en exprimant l’espoir d’aboutir prochainement.
Si Volcy critique vivement les manquements dans le processus de publication ainsi que le non-respect des engagements liés au remboursement, l’institution estime, pour sa part, que la mauvaise gouvernance du pays impacte négativement les démarches.
« En raison du contrat signé et des clauses de confidentialité, nous ne pouvons pas partager le travail final du livre, lequel n’attend que sa publication sur Amazon et en version papier », précise une note de clarification transmise à notre rédaction. Celle-ci affirme également qu’un dialogue avec l’autrice pourrait contribuer à apaiser les tensions.
Cette polémique met en lumière les difficultés auxquelles sont confrontés de nombreux auteurs haïtiens et les maisons d’édition dans le processus de publication des ouvrages, pourtant essentiels à la transmission du savoir, au développement de l’esprit critique et à l’apprentissage, en tant que supports de référence fiables.


