La compagnie américaine IBC Airways a effectué, ce lundi matin, un vol inaugural entre la Floride et l’aéroport international Antoine Simon des Cayes, marquant une étape symbolique dans la redéfinition du trafic aérien en Haïti. Selon les médias locaux, 30 passagers ont débarqué de l’appareil N29 IBC, sous les regards du public, des autorités locales et des membres de la société civile.
la crise sécuritaire détourne le trafic aérien de Port-au-Prince
Face à la dégradation continue de la situation sécuritaire dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, de plus en plus de compagnies aériennes cherchent à contourner l’aéroport international Toussaint Louverture, devenu difficilement accessible.

L’appareil, un Embraer ERJ-145XR pouvant transporter une cinquantaine de passagers, a décollé de l’État de Floride peu avant 8 heures pour atterrir en toute sécurité aux Cayes vers 10 heures, avant de poursuivre sa route vers Kingston (Jamaïque), sa destination finale. Ce vol, bien qu’inaugural, ouvre une nouvelle alternative pour les Haïtiens vivant aux États-Unis désireux de regagner leur pays sans passer par la capitale, désormais minée par la violence des gangs.
« C’est un rêve vieux de 48 ans qui devient enfin réalité », a déclaré le journaliste Ed Lozama, présent à bord du vol, saluant une avancée majeure pour le Sud du pays.
Selon Marcna Pierre, expert haïtien en aviation travaillant aux États-Unis, l’avion choisi par IBC Airways est particulièrement adapté à la piste de 1 300 mètres de l’aéroport des Cayes, ce qui permet d’envisager des opérations régulières malgré les contraintes d’infrastructure.
L’ouverture de cette ligne témoigne d’un réajustement stratégique dans le secteur aérien haïtien : avec un aéroport principal partiellement paralysé par les affrontements armés et les menaces contre les voyageurs, les aéroports régionaux comme ceux des Cayes ou du Cap-Haïtien deviennent des portes d’entrée alternatives.
Depuis plusieurs mois, l’accès à l’aéroport Toussaint Louverture est fortement compromis. Des incidents répétés sur les routes menant à Tabarre et à la Croix-des-Missions ont contraint de nombreuses compagnies à suspendre ou à rediriger leurs vols. L’initiative d’IBC Airways illustre donc la résilience du secteur aérien, mais aussi la gravité de la crise sécuritaire qui pousse les opérateurs à contourner la capitale.
« Tant que Port-au-Prince restera sous la menace des gangs, les compagnies chercheront d’autres points d’accès au pays », confie un professionnel du transport aérien.
Avec ce premier vol réussi, les Cayes s’affirment désormais comme un hub alternatif, susceptible d’attirer d’autres opérateurs régionaux. Mais pour que cette dynamique s’inscrive dans la durée, encore faudra-t-il que la stabilité et la sécurité puissent être garanties à long terme sur l’ensemble du territoire.


