Les violons ne s’accordent pas entre les présidents Russe, Vladimir Poutine, et Français, Emmanuel Macron. Le vaisseau fantôme russe Boracay, immobilisé depuis le 28 septembre au large de l’île d’Ouessant par les autorités françaises, alimente les tensions.
Emmanuel Macron a affirmé jeudi être dans une confrontation directe avec la Russie appelant à « consolider la défense européenne » face aux récentes menaces russes. Lors de son déplacement au Danemark pour le sommet des dirigeants européens, le président français a également qualifié Moscou « d’acteur très agressif ».
« C’est de la piraterie », s’est exclamé Vladimir Poutine, jeudi, à propos du pétrolier russe fantôme « Boracay », arraisonné le 27 septembre par une frégate de la Marine nationale au large de l’île d’Ouessant. « Ce navire a été saisi dans les eaux internationales sans aucune justification », a déclaré le président russe lors de sa rencontre annuelle avec le Club de Valdaï, un centre d’analyse politique proche du Kremlin. « Apparemment, elles (les autorités françaises) étaient à la recherche, de matériel militaire, des drones ou autre. Il n’y a rien de tout cela, a affirmé M. Poutine. Franchement, a-t-il ajouté, j’ignore dans quelle mesure cela est lié à la Russie ».
Le chef du Kremlin ne s’en est pas tenu là, s’en prenant ensuite à Emmanuel Macron, qu’il n’a toutefois pas nommé. « Qu’est-ce que cela signifie vraiment ? Est-ce si important pour la France ? Effectivement, c’est important. Et savez-vous pourquoi ? », a-t-il fait mine de s’interroger, à propos de l’affaire du « Boracay ».
« À cause de la situation politique intérieure difficile à laquelle est confrontée le sommet du pouvoir en France », a répondu le président russe. « Il (M. Macron) n’a aucun autre moyen de détourner l’attention de la population et des citoyens français des problèmes complexes et insolubles au sein même de la République française », a-t-il dit, avant de poursuivre sa tirade : « Il existe donc une forte volonté de déplacer la tension vers l’extérieur, d’agiter d’autres forces, d’autres pays, notamment la Russie, pour nous inciter à réagir et ainsi pouvoir dire aux Français : “Français, venez à moi, rassemblez-vous autour de moi, je vous mènerai à la victoire.” »
« Comme Napoléon », lâche pour finir Vladimir Poutine, qui venait de lire à l’auditoire un poème de Pouchkine consacré à Borodino, la célèbre bataille que la Russie estime avoir remportée face à la Grande armée, le 7 septembre 1812. « Vous avez flatté le président français ! », lui fait remarquer ensuite le politologue Fiodor Loukianov, l’animateur attitré des rencontres de Valdaï. « Je suis ravi de le faire. Nous entretenons d’ailleurs de bonnes relations de travail, rétorque Poutine. Mais en ce moment, c’est exactement ce que je vous ai dit qui se passe. Je n’en doute pas. Je le connais bien… »


