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Politique

Dirigeants en transit : le pire malheur d’Haïti

By Jean Barnave Cheron11 février 2026
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Dans le Psaume 79, verset 4, il est écrit :« Nous sommes devenus un objet d’opprobre pour nos voisins, de moquerie et de risée pour ceux qui nous entourent ». Ce passage biblique, malheureusement, décrit bien la situation décevante et humiliante actuelle d’Haiti.

Le pays de Jean-Jacques Dessalines, de Louis Joseph Janvier, d’Antenor Firmin, d’Emile Saint-Lot, de Charlemagne Péralte, de Dumarsais Estimé, de Leslie François Manigat, et j’en passe, à cause des dirigeants minables, est mis en quarantaine comme de la peste, et est devenu un objet de moquerie et de risée même pour Saint-Kitts-et Nevis. « A quoi peut bien servir de faire la guerre à son peuple, de l’anéantir, de le pousser en exil ». (1), Jean Luc HEES, Ces psychopathes qui nous gouvernent, Editions Plon, 2018, p-136. Comme si on était dans le désert du Sahara, le cri du peuple n’est pas écouté. Les Haïtiens sont forcés de s’exiler dans des pays où ils sont très mal vus et chassés comme des bêtes sauvages, comme des colis encombrants, en dépit de leur force de travail pour enrichir ces pays. Entre-temps, l’État haïtien s’enfonce davantage dans la boue, faute de dirigeants patriotes. 

L’hésitation des binationaux à choisir la sélection nationale est compréhensible et acceptable, car ils n’ont aucune habitude dans le pays, ils ne le connaissent même pas pour la plupart. Là où ils sont nés et formés, sans aucun doute, c’est pour eux leur pays de cœur. Comment rêver d’une Haiti digne de son histoire avec des dirigeants en transit, qui sont des envoyés spéciaux, des informateurs, voire des employés et serviteurs d’autres pays ?

Lorsqu’on est dirigeant, on a un devoir de responsabilité vis-à-vis de sa patrie. Le dirigeant cherche la gloire, l’honneur, la dignité et surtout le support de ses actions par le peuple. Cyndie Régis RAYMOND a écrit : « Je vis en Haïti, je vais mourir bientôt ». Cette image d’une jeune fille en détresse, en désespoir, était tournée en boucle sur les réseaux sociaux, en 2022. Peu de temps après, un journaliste de « Univisionnews », a écrit : « Haiti, if it is life, what is hell ? », qu’on pourrait traduire : « Haïti, si c’est la vie, c’est quoi l’enfer ? ». Des dirigeants minables transforment le pays en enfer pour ses propres citoyens qui sont obligés de se faire humilier et déshumaniser sous le pont de Texas, comme en République Dominicaine. Dans une lettre ouverte du 18 avril 2025, Raoul DENIS Junior a écrit : « Je vous écris avec la rage au cœur, le vomi au bout des lèvres et les poings serrés ». C’est le cri de cœur d’un citoyen indigné et non de l’irrespect envers des dirigeants qui sont d’ailleurs indignes de respect. 

Henri M. Dorleans dans son livre, Change-toi toi-même et change ton pays, a avancé : « Il y a un sentiment d’irresponsabilité généralisée dans le pays et c’est pourquoi il est dans cette situation ». Haiti ne se relèvera pas avec la présence des dirigeants aussi serviles, minables, irresponsables qui n’osent même pas lever la voix contre les traitements inhumains et dégradants faits aux Haïtiens. Des gens en transit qui sont des nationaux d’autres pays, qui ne sont même pas en mesure de négocier en toute dignité en faveur d’Haiti, de peur de perdre leur résidence, ne sont pas dignes de diriger le pays. « Elle s’est assise pour que nous puissions nous lever. Paradoxalement, son emprisonnement ouvrit les portes de notre longue marche vers la liberté », a déclaré Jesse Jackson à l’endroit de Rosa Parks dont un simple geste de bravoure a mis un terme aux lois ségrégationnistes aux États-Unis dans la moitié du 20e siècle. Après les prouesses des Héros de l’Indépendance, Haiti ne mérite pas de dirigeants à genoux au 21e siècle.

« Haïti ne cherche pas la charité mais le respect, la justice et la dignité. Haïti ne fait que payer sa hardiesse pour avoir osé donner le goût de la liberté aux autres », a déclaré Edgard Leblanc Fils, aux tribunes des Nations Unies, à la 79e session de l’Assemblée générale des Nations Unies. Pourtant ni le respect ni la dignité n’intéressent le dernier Coordonnateur du Conseil présidentiel de transition dans sa lettre de désolidarisation avec les autres Conseillers présidentiels qui pensaient pouvoir révoquer le Premier ministre. 

Des dirigeants minables et infames ont mis le pays dans un état de déchéance et de décomposition, au point où être Haïtien devient un fardeau pour nos compatriotes à l’étranger. « Je suis désolé pour ce que je vais vous dire. Je ne vais pas parler en mon nom personnel. Mais au nom de l’ensemble de la communauté internationale…Comme vous le savez, nous sommes très préoccupés par les résultats des élections… Nous voulons vous dire que nous n’acceptons pas que M. Jude Celestin soit présent au deuxième tour du scrutin, voire qu’il soit gagnant au premier tour », a déclaré Edmond Mulet, ancien représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies en Haïti aux membres du Conseil électoral de l’époque. Quel autre pays ne déclarerait pas Edmond Mulet persona non grata pour son arrogance face à des dirigeants au plus haut sommet de l’État ? Puisque rien n’a été faitDepuis, l’ingérence outrancière a pris de l’ampleur, on n’emploie plus le langage diplomatique pour s’adresser aux dirigeants du pays. Des bateaux et avions de guerre sur le sol haïtien, sans la moindre explication des autorités, sans aucun respect pour la souveraineté de l’État haïtien.

 « Le faible dispose de peu de moyens pour dissuader le délinquant, tandis que les efforts qu’il consentira pour se mettre aux normes internationales risquent de lui paraitre lourds, tout en le plaçant encore plus dans une situation de dépendance à l’égard du plus fort ». (2) Bertrand Badie, La diplomatie des droits de l’homme, Fayard, 2002, p-94. Nous faisons face au grand marché de la pitié et de la charité de l’International, dans l’indignité déshumanisante, lorsqu’il est question de traiter les affaires de l’État dans les petits pays, dont les dirigeants sont au service des puissances étrangères. En tant qu’Haïtien dans l’âme et patriote convaincu, j’exhorte les Haïtiens authentiques à se mettre ensemble, en dépit de leurs divergences politiques, pour sauver la dignité et la fierté du peuple. « Il faut constamment soulever les va-nu-pieds contre les gens à chaussures et mettre les gens à chaussures en état de s’entre-déchirer les uns les autres, c’est la seule façon pour nous d’avoir une prédominance continue sur ce pays de nègres qui a conquis son indépendance par les armes. Ce qui est un mauvais exemple pour les 28 millions de noirs d’Amérique ». Vous connaissez l’auteur, sans doute.  Indignez-vous, au moins. La présence des bateaux et avions de guerre des Américains sur le sol d’Haiti, est inacceptable et constitue une violation flagrante de la souveraineté nationale. 

Pour sauver l’honneur d’Haiti face aux puissances étrangères dans leur ingérence indécente et outrancière, les Haïtiens, même dans leurs divergences, doivent éviter l’effondrement du pays. « Si cette volonté imposée par cette communauté internationale, avec une telle arrogance, passe comme une lettre à la poste, il faut croire que la déchéance est à son paroxysme au timon des affaires de l’État ». (3), Jean Barnave Cheron, Au paroxysme de la déchéance, octobre 2024. Des dirigeants sans dignité, sans honneur et sans caractère deviendront sans aucun doute des colis encombrants pour leurs patrons et seront jetés, finalement, dans la poubelle de l’histoire. 

Nous avons chacun, en tant que citoyen, une responsabilité dans la gestion du pays. Karl JASPERS avance : « chaque individu porte une part de responsabilité dans la manière dont l’État est gouverné ». Le spectacle hideux, nauséabond et honteux du 23 janvier 2026, à Carrefour Musseau, entre la Primature et la Villa d’Accueil, a laissé un goût amer et suffocant aux Haïtiens patriotes. La loi du Karma n’épargne personne. Qui ne se souvient pas du pèlerinage aérien dans le ciel d’Haiti, de l’ancien Premier ministre Ariel Henry, le protégé privilégié des États-Unis ? Un dirigeant digne de ce nom doit pouvoir rebeller, contester, discuter, dialoguer, négocier et décider en faveur de son peuple, pour ne pas finir dans la poubelle de l’histoire, pour ne pas subir le même sort que le PM Ariel Henry. À la fin des fins, c’est le support du peuple qui compte. 

Le 16 avril 2025, Hérold Jean-Francois, a écrit : « Indignez-vous ». C’est l’exigence de tous les Haïtiens aux dirigeants du pays. Devrions-nous faire ce rappel à tous ceux qui ont la volonté manifeste d’être esclave, pour leur dire que jusqu’à aujourd’hui, l’avion au bord duquel se trouvait l’ancien Premier ministre Henry n’a jamais atterri en Haïti et on est sans nouvelle de celui qui était aux commandes, à la fois le rôle de Premier Ministreà la Primature et President de la République.à la Présidence. Le diplomate canadien, Denis Paradis, déclare, en 2003 : « Si les autorités canadiennes traitaient les animaux comme les autorités haïtiennes traitent les Haïtiens, on les mettrait en prison ». Cette déclaration n’a pas été faite par amour pour le peuple haïtien, mais parce que le Président Jean Bertrand Aristide savait se rebeller et ne se laissait pas manipuler par les étrangers.

Jacques Stephen Alexis, de son vivant, a eu à se demander : « Je tiens à savoir si oui ou non on me refuse le droit de vivre dans mon pays ». Nous avons besoin des dirigeants qui ont cette envie de vivre en Haïti. Si vous craignez de perdre votre résidence à l’étranger, si votre visa est indispensable pour vous, laissez la gouvernance du pays aux nationaux authentiques, aux vrais patriotes. À la fin des fins, au bout des bouts, vous aurez besoin du soutien du peuple, pas celui des étrangers qui vous jetteront dans la poubelle, lorsqu’ils n’auront plus besoin de vous. C’est Dr Blair Chery qui le dit : « Un pouvoir qui laisse mourir la population dans l’indifférence ou en complicité avec les criminels est un pouvoir populicide ». Le premier des biens de l’homme, c’est la sécurité et le premier devoir de l’État c’est de sécuriser sa population. Ce ne sont pas des dirigeants en transit, au service des puissances étrangères, qui feront de la sécurité de la population une priorité.

Pour l’histoire, les puissances étrangères voulaient donner l’élection présidentielle de 1990, remportée haut la main par Jean Bertrand Aristide, à Marc L. Bazin. Plus près de nous, l’International s’opposait farouchement à l’annulation des élections de 2015. Pourtant, ces élections ont été bel et bien annulées par le Président Jocelerme Privert et les résultats ont été applaudis par cette communauté internationale. L’Armée d’Haiti ne serait pas de retour si le Président Jovenel Moise n’avait pas le courage, car l’International n’en voulait pas. Malgré tout, nous constatons que la volonté manifeste d’être esclave se nourrit dans toutes les couches sociales, des politiciens aux intellectuels, des analystes politiques aux journalistes. L’étranger ne vous demande pas d’être son esclave, il exige le sérieux, le caractère, le respect de l’engagement pris et surtout la capacité de bien négocier. Ceux qui dirigent le pays sont tenus de donner des explications au peuple haïtien sur la présence des bateaux et avions de guerre sur le sol haïtien. Aucun dirigeant illégitime, impopulaire et imposé manu militari, n’a le droit de négocier la souveraineté du pays. L’Indépendance d’Haiti continue d’être un exemple de liberté pour toute l’humanité. 

Face à l’humiliation et l’arrogance outrancière des puissances étrangères, nous réclamons et exigeons le respect pour Haïti. Si en termes de superficie, de puissances militaires et économiques, nous ne pouvons pas être à table, notre passé glorieux, notre fierté et notre dignité de peuple peuvent nous éviter d’être toujours au menu pour les autres.  Les Américains nous humilient chez eux, ils doivent, tout au moins, respecter la souveraineté d’Haïti. Indignez-vous, mesdames, messieurs, les autorités.

Morne-Haut, Grand’Anse, ce 10 février 2026.

Jean Barnave Chéron, patriote engagé, avocat.

[email protected].

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Jean Barnave Cheron

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